Quand danser devient un acte spirituel

Le parcours atypique de la danseuse Juliette Dufour nous prouve que la danse peut s’apprendre à tout âge. Pour Juliette, danser n’est pas qu’un acte physique, c’est une respiration et un acte spirituel. Interview.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

J’ai 41 ans et je danse depuis l’âge de neuf ans, mais ce n’est que tardivement que j’ai décidé d’en faire ma profession: à 18 ans et après avoir entamé des études de lettres, je suis partie pour New York découvrir le monde de la danse professionnelle.  J’ai principalement étudié les grandes techniques de la danse moderne, mais aussi  le ballet et les claquettes américaines. J’ai obtenu mon diplôme de la Martha Graham Contemporary Dance School  en 1991, juste avant le décès de Martha Graham. (Peut-être est-il utile de rappeler qu’elle a été une grande pionnière de la danse moderne, si ce n’est la plus grande). J’avais 23 ans quand j’ai découvert la foi chrétienne et cela a marqué un tournant radical dans ma vie. Un an après ma conversion, j’étais de retour à Paris et six mois après, j’ai arrêté de danser complètement, et ce pendant quatre années, durant lesquelles j’ai eu trois enfants! Ce n’est qu’après que l’appel de la danse s’est à nouveau fait ressentir.

Que représente la danse dans votre vie ? Quelle place tient-elle ? Pourriez-vous vous en passer ou pas ?

La danse est une de mes respirations, au même titre que la prière peut-être. Je danse dans mon salon depuis toujours. Lorsque la vie devient étriquée et me tire vers le bas, je me rends dans une salle et je me jette tout entière dans la danse.  J’ai l’impression alors d’abattre des murs. Plus jeune, je n’aurais pas imaginé pouvoir me passer de la danse, j’en tirais ma force vitale. Et puis il y a eu cette longue période où je n’ai pas dansé du tout, où j’ai même pensé ne plus jamais danser, et cette période s’est avérée nécessaire ; il fallait que mon identité soit justement refondée, et que ma relation avec  Dieu devienne le socle de ma vie. La vision de danser pour Dieu n’a pu voir le jour qu’après ce renoncement.

Aujourd’hui, ce serait douloureux d’y renoncer à nouveau, parce que cela fait partie intégrante de l’expression de ma foi et d’un appel profond sur ma vie, je crois. Mais pour en avoir fait l’expérience, l’idée de ne plus danser un jour ne m’effraie plus pour autant, il faut trouver sa place dans chaque saison de la vie.

Proposer des ateliers danse pour se libérer de l’emprise physique du corps (image de soi) ce n’est pas paradoxal ?

Pour moi, la danse a toujours représenté un dépassement du corps. Longtemps je me suis sentie prisonnière de cette enveloppe  et je butais contre l’idée de voir ma vie confinée par quelques centimètres carrés de chair ; la danse me permettait de vivre le corps autrement, le corps en mouvement étendait ses frontières presque à l’infini. Lorsqu’on danse, l’énergie va bien plus loin que le bout des doigts qui sont au bout du bras, les membres s’inscrivent dans des lignes dans l’espace qui s’étirent sans limite. C’est aussi ce que j’essaie de transmettre dans mon travail avec des non-danseurs.

D’autre part, le corps est comme une carte de notre histoire personnelle, il garde la mémoire des traumatismes, des dysfonctionnements, etc. On va pouvoir repérer certains blocages lors des ateliers et apprendre à lâcher prise, accepter de ne plus tout contrôler. C’est à ce moment qu’on se reconnecte avec qui on est véritablement et que s’opère cette libération.

Enfin, le corps ne ment pas, au contraire, il révèle tous les mécanismes de défense, de compensation et de dissimulation dont nous usons à peu près tous pour donner une certaine image de nous-mêmes, acceptable à nos yeux, et aux yeux des autres. Là encore, on va tenter de repérer ces éléments qui font que nous sommes en décalage avec  notre être profond. Et bien entendu, cette harmonie et cette unité intime sont une clef de notre liberté et par conséquent de notre bien-être.

La danse peut-elle rapprocher du spirituel ?

L’autre clef de notre liberté, c’est de retrouver la communion avec Celui qui nous a créé pour vivre dans Sa présence. Par la danse, nous nous approchons de Dieu tout entier, esprit, âme et corps. A l’image de Dieu, nous sommes des êtres trinitaires. Dieu appelle notre corps le temple de Son esprit ! Il n’y a pas de dévalorisation du corps, mais un appel à manifester la gloire de Dieu au travers de ce corps. C’est vraiment ce qu’a démontré le roi David en ramenant l’arche de l’alliance –signe de la présence glorieuse du Seigneur- à Jérusalem en « dansant de toute sa force ». Le corps temple du Saint Esprit est une réalité très puissante, qui ébranle des forteresses dans les lieux célestes. Les personnes qui font l’expérience de rencontrer Dieu au travers de la danse vivent quelque chose d’extrêmement fort, souvent bouleversant, qui va amener une autre dimension à leur relation avec le Père. La danse est une autre de ces portes qui nous amène plus près du Père.

Comment ne pas valoriser le corps mais plutôt « l’âme » dans la danse ?

Plusieurs écueils sont à éviter lorsqu’on aspire à ce que la danse devienne un acte spirituel. Tout d’abord, et la Bible en parle aussi, elle ne peut pas être un moyen de séduction, ni même une façon d’attirer les regards. Elle attire forcément les regards ! Mais elle doit les faire s’élever… Nos motivations se reflètent inévitablement dans notre façon de danser ;  à chacun de sonder et de se laisser sonder dans sa démarche intérieure.  J’admets que la ligne de démarcation est fine bien souvent, mais c’est vrai de tout ce qui relève de la séparation entre la chair et l’esprit.

Par ailleurs, quand on vient du monde professionnel, il faut réussir à se détacher de ce « savoir-faire » derrière lequel il est facile de se réfugier, pour laisser s’exprimer l’intériorité.  Bien sûr, la technique sert la créativité et l’expression, mais indéniablement, un travail doit s’opérer pour qu’elle ne soit plus un carcan. C’est mon expérience : je suis passée par de longs mois de « déprogrammation » avant que ma danse ne devienne véritablement un acte d’adoration. Et cela m’arrive encore de retomber dans ce travers dans mes temps d’adoration personnelle!

Parlez-nous des ateliers que vous mettez en place avec Roger Chas ?

J’avais reçu pour vision initiale : Le corps prophétique, notre corps parle à Dieu et notre corps parle de la part de Dieu. Tout ce que nous faisons dans nos ateliers vise à ce que chacun entre dans une plus grande liberté d’expression, qui va de pair avec une plus grande liberté intérieure. Les week-ends se déclinent en plusieurs temps : temps dans la présence de Dieu au travers de la louange, l’adoration, prière et accompagnement de ceux qui expérimentent des libérations ; des temps d’échauffement corporel, de relaxation (impossible de travailler avec un corps chargé de tensions), des exercices d’exploration du mouvement et de créativité, des improvisations en solo ou à plusieurs en fin de stage.

Peut-on danser à tout âge ?

Bien entendu ! Je vois souvent des personnes de 60 ans et plus participer à nos ateliers. Si elles n’ont plus les mêmes capacités physiques qu’auparavant, elles vivent des choses tout aussi fortes et transmettent avec beaucoup de profondeur et de sincérité. Leur acte d’adoration  est parfois plus aisément visible que chez quelqu’un de plus jeune qui se débat encore avec le regard des autres. De nombreux danseurs modernes (c’est moins vrai dans l’univers du ballet classique) ont dansé sur scène très longtemps, je pense à Martha Graham, Merce Cunningham et d’autres. Il existe une maturité du geste, même quand le corps a perdu sa souplesse et certaines de ses aptitudes. Quant aux enfants, ils ont évidemment cette spontanéité à laquelle nous essayons tous de revenir.

Et l’après-danse ? Que prévoyez-vous de faire à « la retraite » ? Comment envisagez-vous le vieillissement, le corps étant aussi votre outil de travail ?

Si tout ne va pas trop mal, on peut continuer de transmettre assez longtemps. Il faut accompagner la jeune génération qui a besoin de pères et de mères dans tous les domaines, pour pouvoir franchir d’autres frontières. Il y a un temps pour tout : un temps pour recevoir et un temps pour donner ! L’essentiel est de discerner où on se situe. Ensuite, le travail de création a multiples facettes ; J’ai travaillé avec une compagnie de théâtre ces dernières années, et j’aimerais revenir à l’écriture, j’espère d’ailleurs ne pas attendre la retraite pour le faire !!

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui sont trop axés sur leur physique et sur leur corps ?

J’ai envie de dire qu’il est libérateur de ne pas être obnubilé par notre aspect extérieur. On peut passer aux choses vraies et essentielles, découvrir qui on est vraiment et les trésors uniques que Dieu a mis en chacun de nous. La personnalité est prisonnière de cette fixation que l’on fait sur le physique.

Qu’avez-vous appris de votre collaboration avec Roger Chas ?

Travailler avec Roger m’a permis d’aborder le travail corporel d’une manière différente. Tout est très codifié en danse, il y a peu d’espace de liberté dans le processus d’apprentissage. Il en va très différemment du travail du clown et du mime.  Lorsque nous avons commencé à collaborer, Roger observait des morceaux de chorégraphie et nous faisait décortiquer le mouvement pour revenir à ce qui en faisait l’essence. D’où vient le mouvement, où va-t-il, comment le ramener à un mouvement plus essentiel pour l’intégrer plutôt que d’en reproduire la forme extérieure. Roger aidait les participants à sentir les choses de l’intérieur, en les faisant se reconnecter avec leur corps au travers de petits exercices tout simples.

Ensuite, Roger effectue un travail d’accompagnement de la personne dans son cheminement tout à fait remarquable, il prend tout le temps nécessaire pour l’aider à aller jusqu’au bout de ce qu’elle a commencé dans son improvisation et lui permet de dépasser les obstacles qu’elle rencontre. Il m’a aidé à « casser »un peu cette mentalité, très prégnante en danse,  de la nécessité de se mettre à la disposition de la Danse sans considération de sa propre personne. Roger se met à la disposition des personnes pour les aider à être pleinement eux-mêmes.

Propos recueillis par Céline Schmink

Tags: , , , ,

2 réponses à Quand danser devient un acte spirituel

  1. Danielle lacoursiere dit :

    Bonjour il y a environ 4 mois j ai commencé à dansé je fais un énorme ménage intérieur et en même temps j ai le bonheur d avoir retrouvé mon don déjà que j avais en bas âge j aide les gens à voir ce u ils ont besoin pour grandir des messages me viennent j en suis de toute reconnaissance à Dieu et les anges.Ansi soit t il la vie m apporte de merveilleuses clarté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Pensée du jour

CET HOMME EST-IL AMOUREUX ?

Découvrez mon livre sur les Pervers Narcissiques

Découvrez mon livre sur la Perversion au travail

Découvrez mon livre sur les faux amis !

Obtenez l’Abondance que vous méritez bien ! Livre « Restaurez votre créativité » 240 pages pour assurer votre succès !

Pensée sur l’Abondance

" La mesure de votre vie ne sera pas dans ce que vous vous accumulez, mais dans ce que vous donnez ". Wayne Dyer.

Co-créez avec nous! Faites un don !

Newsletter

Chercheurs de Bonheur Ressources sur le bonheur, la loi de l'attraction, la pensée positive et l'accomplissement de soi.
Suivez-moi sur Hellocoton