Joies et difficultés de la vie d’artiste

Et puis un jour la vie d’artiste s’impose à vous…

Quand on est jeune il y a le bac, puis les études, les amis, les fréquentations puis les relations. Tout ceci esquisse un cadre, un cadre de vie, un cadre affectif, un lieu pour évoluer. Certains choisissent la sécurité, d’autres rêvent sur des métiers manuels voir artistiques comme ce fut mon cas. Certains abandonnent, baissent les bras, réussissent un concours pour le bien de leur portefeuille… D’autres mettent l’art de côté et prennent un job alimentaire à l’instar de ce peintre rencontré récemment qui travaillait comme agent de sécurité la nuit pour peindre quelques heures le jour, des cernes jusque là… D’autres se disent artistes mais ne travaillent jamais, c’est la planque de la désillusion… Bonjour l’atterrissage ! Et puis il y a quelques élus à qui tout semble réussir. Il n’en reste pas moins que le choix d’une carrière artistique n’est pas à prendre à la légère : rentrées d’argent aléatoires et plutôt précaires, succès éphémères, manque de reconnaissance assez constant. Alors pourquoi continuer me direz-vous ? Parce que ce mode de vie a aussi ses avantages et parce qu’il est très difficile de percer et d’avoir assez de temps (et de motivation) quand on fait de son « art » un plan B… Et puis pour moi il y a la nécessité de créer comme je respire… Certains fument, boivent, se droguent, moi je suis addict à la création depuis mon plus jeune âge. Si je ne crée pas j’étouffe, je deviens laide… Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Je me suis empêchée d’écrire pendant 2 mois pour me concentrer sur la « vraie vie »J J’ai cru crever !! J’ai finalement choisi « l’art » comme plan A, ce n’est peut-être pas la décision la meilleure que j’ai prise (nul ne peut savoir), mais ce n’est certainement pas la pire… Aujourd’hui j’écris (beaucoup pour moi, un peu pour les magazines et la radio), je danse (beaucoup pour moi, un peu pour les autres), je compose (pour les autres), je donne des cours de gym douce et de danse… Un mode de vie qui me convient mais qui ne plairait pas à tout le monde. Un mode de vie que certaines amies m’envient (celles qui ont un job fixe depuis 20 ans en principe), auquel d’autres voudraient me voir renoncer (pour mon bien, bien-sûr), bref un mode de vie qui fait jazzer (« C’est la crise, tout va mal mais elle tout ce qui la tracasse c’est quel tutu elle portera pour son prochain solo ! » Cet article vise à aider les artistes démoralisés par le manque de reconnaissance et ceux qui ont du mal à positiver.

Une âme d’artiste venue de je ne sais où…

J’ai toujours eu une âme d’artiste… Ma grand-mère m’a appris à lire et à écrire à 5 ans car je voulais écrire mes propres livres. Rien ne me prédestinait à choisir l’art comme voie et comme style de vie (car oui c’est aussi par la force des choses un style de vie, la bohème est loin d’être un cliché…), mis à part un grand-père relieur et une tante un peu peintre sur les bords. On m’inscrit à la danse classique. J’apprends mais je m’ennuie prodigieusement. Je passe au modern’jazz. La même chose. J’ai envie de créer tout de suite, c’est pourquoi je mets au point mes propres danses. J’ai eu la chance d’avoir des parents cools qui préféraient parfois me faire rater l’école pour la bonne cause (les voyages aux USA par exemple). J’ai bien profité de ma pré-adolescence et de mon adolescence. J’ai voyagé un peu partout (USA, Canada, îles, Scandinavie etc.). Les voyages développent l’inspiration. C’est lors d’un voyage à la Nouvelle-Orléans que je débute la photographie. J’ai 15 ans et j’ai déjà bouclé mon premier roman, une sombre histoire d’amour prenant son envol dans le milieu goth-punk du Paris des années 80… Imaginez un peu comme le lycée et le conventionnel sont durs à avaler pour moi… Mais bon, je m’y fais…

Chassez le naturel…

En troisième je passe mes journées à dessiner des danseuses tatouées… Je commence à travailler mes parents pour qu’ils m’inscrivent à Estienne ou à Boule mais ils ne céderont pas. Ils veulent que j’aille au moins jusqu’au bac dans une voie classique. Je choisis donc langues, philo. Puis je m’inscris à la fac : un cursus Art / Danse. Puis je ferai un BTS de pub car je n’ai pas envie alors de faire prof de danse ou de me contenter de parler de l’art alors que je veux en faire. Le soir je suis des cours à Créapôle, en communication visuelle et en dessin. Bref, j’ai 20 ans et tout m’intéresse. Après le BTS je suis une formation de documentaliste aux Arts et Métiers, puis une formation de photographe. Les petits boulots s’enchainent jusqu’au pire : un job dans une structure sociale où la patronne déjantée me colle le blues. Je replonge dans les pinceaux et commence à peindre toute la nuit. Pendant un an la vente de mes toiles me rapporte autant que mon salaire. Je fais quelques expos, m’inscris à la MDA de Paris. La frénésie d’écrire ne passe pas. J’enchaine… Le besoin d’écrire est fort et toujours imminent chez moi. J’en suis actuellement à boucler mon neuvième livre, un livre sur la danse. Puis, me passionnant pour la religion je m’inscris en théologie, je redécouvre les arts sacrés, j’écris pour des magazines chrétiens et autres. Mes carnets de voyage dans les îles grecques sont publiés dans des revues… Même à travailler « non stop » cela ne nourrit pas son homme. Et j’ai une petite famille dont je dois prendre soin. Les propositions s’enchainent : magazines, radios, associations… Je donne des cours de dessins, de danse assise etc. en structure hospitalière. Puis un jour le bilan : je démissionne de tous ces jobs alimentaires qui inhibent ma créativité pour me consacrer entièrement à mes livres et à la danse. Je fais des salons d’auteurs, des dédicaces, je commence à vendre mes bouquins et j’aime le contact aux lecteurs. La vie à Paris devient chère et pressante. Nous achetons une petite maison à rénover à la campagne. Je passe un diplôme dans le domaine de la gym douce et décide de revenir à mes premières amours : la danse et l’écriture, l’écriture pour moi et non plus pour les magazines. A l’heure actuelle j’ai de nombreuses élèves. Je monte des ateliers de plusieurs types de danses étrangères. Je gagne moins que comme journalise-reporter c’es certain. Mais je n’ai plus un énorme loyer parisien à payer…

Différentes étapes

A l’heure actuelle j’ai 36 ans et je monte mon premier solo de danse destiné à être produit dans des théâtres régionaux et parisiens. J’ai pleine foi en ce projet et en sa réussite. Les bonnes choses s’enchainent depuis que je suis arrivée à surmonter la peur (celle de rater, de manquer etc.) et à dépasser l’avis et le regard des autres. Parfois des gens qui ne sont pas artistes pour un sou me félicitent. Un homme m’a récemment téléphoné pour me dire qu’il trouvait incroyable tout ce que j’arrivais à accomplir (danse, écriture, écriture de chansons pour des chanteurs, livres, chroniques). Je ne le connais pas mais il était effervescent face à mon travail et me téléphonait « juste pour me le dire » ! Ce genre d’événement vous boostent bien-sûr. Et puis il y a les langues de vipères. Une fois, à un repas entre amis où j’expliquais ce que je faisais une « copine » a dit : « Oui elle écrit beaucoup, elle est publiée mais elle ne vend rien ! ». C’était il y a deux ans. Cette réflexion fausse, injuste, emplie de probable jalousie, venue de quelqu’un qui n’a jamais travaillé et n’a jamais rien accompli seule m’a tout de même vraiment abattue dans un premier temps, preuve que je n’étais jusqu’alors pas si solide que ça. Je me suis sentie visée plein vol. J’ai même téléphoné à l’un de mes amis psy pour vider mon sac. Après une semaine au lit à ruminer ma déprime, c’est finalement un ami acteur qui a mis fin à mes angoisses en me racontant ses 30 ans de carrière dans le ciné et tout ce qu’il avait entendu sur sa personne. En une phrase, une seule, il a su résumer out ce que je ressentais ces dernières années : « Les carrières artistiques sont extrêmement difficiles dans le sens ou peu de nous percent. Le succès d’aujourd’hui ne promet pas celui de demain. Le manque de reconnaissance est constant. Soit tu travailles dessus, tu l’acceptes, soit tu baisses les bras et tu te trouves un job pépère… Avec la plume et les jambes que tu as, entre nous ce serait dommage ! » (rires). Il m’a fallut 6 mois pour digérer tout cela. Aujourd’hui j’ai appris à répondre aux critiques de la sorte, j’ai une réponse toute faite: « C’est ton avis. Je ne m’en soucie guère. Moi j’y crois totalement et tu vois les critiques me chalengent davantage ! Merci ! ». Au bout de 6 mois de ce type de réponse je me sens prête à soulever des montagnes. J’ai franchi un cap ! C’était un peu comme l’ascension de l’Everest pour moi… De la même façon je me fiche de ce que les gens pensent sur ce que je fais. Pendant des années j’ai produit des livres et des tableaux « soft », un art édulcoré qui puisse plaire à tout le monde. Cette période est révolue. C’est drôle il y a peu de temps j’ai entendu une des danseuses de Pina Bausch qui disait : « Tout ce qu’elle m’a reproché en 20 ans : c’est de ne pas être assez folle ! ». A force d’écouter les autres on produit du cotonneux, de l’édulcoré, c’est pour cela que je ferme mes oreilles et que je porte parfois volontairement des œillères…

Des avantages
Les avantages de la vie d’artiste comme je dis sont nombreux. J’en discutais récemment avec un médecin qui a écrit un livre sur comment vivre le plus vieux possible (en bon état bien sur). Il est prouvé que ceux qui ont des passions gagnent des années de vie. Je lui confiais mon dilemme : Pendant deux ans j’ai perçu un salaire correct en travaillant pour un groupe de presse. J’étais toujours en déplacement ou au téléphone, je travaillais 18 heures par jour et j’affichais une mine lamentable comme tous les employés de la boite d’ailleurs… Après un déménagement au vert pour échapper au stress parisien, j’ai décidé de renouer avec mes passions : la danse et la gym douce pour devenir professeur. Aujourd’hui, je suis pleinement heureuse mais le gros salaire n’est pas au rendez-vous…. Alors, c’est grave docteur ? Le stress de la fin de mois vient-il saper mon bonheur ? Sa réponse fut sans équivoque : « Non ! Continuez de danser et d’être heureuse car c’est votre passion qui vous maintiendra jeune. Travailler pour un super salaire dans un bureau sans joie à faire quelque chose qu’on n’aime pas, ça c’est rédhibitoire… Il faut savoir mettre le matériel de côté car c’est prouvé : les passions allongent la vie ! ». D’autre part j’ai discuté avec tellement de gens en hôpital ; personnes qui étaient en fauteuil et qui me disaient : « Le fric on s’en fout ! Voyez dans quel état mon job d’ingénieur m’a mis… Trop de stress, accident cardio-vasculaire. Je donnerais tout pour faire un choix différent. Le fric ne sert à rien quand on n’a ni le moral ni la santé ! La santé c’est ça le primordial ! »… Donc les avantages de la vie d’artiste c’est tout de même de vivre sans stress, de ne pas avoir un boss colérique sur le dos, de pouvoir gérer son temps, s’occuper de soi quand il le faut. Le peu de temps ou j’ai été salariée je mangeais n’importe quoi, à l’heure actuelle je prends le temps de cuisiner sain : j’ai perdu mes 10 kg de trop, c’est aussi ce qui m’a redonné l’envie de danser de nouveau ! De plus je me cultive beaucoup plus que si j’étais en entreprise : chaque projet donne lieu à de vastes recherches personnelles que j’ai le temps de faire ! Je passe du temps avec mon fils, je lui donne des cours de danse à lui aussi ! Tout le monde est plus heureux. Je ne dis pas que c’est une vie de rêve. On a des factures comme tout le monde mais la crainte de manquer n’est plus là. Elle a comme fondu face à la sérénité d’esprit.
Conseils à ceux qui doutent
Un métier artistique n’entraine pas (ou peu) de reconnaissance sociale. Le talent est rarement reconnu. Il faut s’y faire. Un travail sur soi est possible.
Métier artistique et manque de confiance en soi riment mal… Là aussi il convient de trouver les activités et les projets qui vous feront pousser des ailes.
L’art a une valeur. Refusez de travailler gratuitement même si vous débutez. Le bénévolat entraine le bénévolat et ça, à force, peut vous saper votre motivation et votre inspiration.
Le regard des autres et l’opinion des autres n’est qu’une couleur parmi d’autres… Qui n’a pas critiqué Stendhal, Molière ou Rimbaud. Mais si, mais si, souvenez vous au lycée : « le rouge et le noir c’est nul !! »… Croyez-vous que Stendhal se soit retourné dans sa tombe pour autant ? Peu probable…
S’accomplir par soi-même dans sa passion est une aventure en soi. Seul le voyage compte. La destination en entrainera toujours une autre. Une expo qui ferme ses pores laisse passe à une autre expo. Un spectacle à un autre etc. Mais quel chemin parcouru !
Faites le bilan une fois par an et osez vous complimenter ! Souvent si on travaille dur les résultats sont mesurables même si c’est de l’art !

 
pour aller plus loin :

4 réponses à Joies et difficultés de la vie d’artiste

  1. karine dit :

    wouaou !!!! Votre article me plaît beaucoup !!! Je suis en pleine réflexion sur moi-même en ce moment , et pour tout dire ça fait même plusieurs années que ça dure….. Financièrement ça ne va pas du tout , et en ce qui concerne ma passion qui est la peinture :) Je n’arrive pas à m’y mettre pleinement , car il y a toujours les problèmes financiers qui me tracassent , donc je procrastine pour tout ! J’ai 42 ans , et il est temps pour moi d’agir , mais ça se bouscule dans mon esprit entre travailler pour payer les factures et la nourriture , et peindre et dessiner , bref chaque fois que je me décide pour me focaliser sur le dessin et la peinture , voilà ma raison qui me dit d’aller travailler et de dessiner et peindre quand j’aurais le temps , alors que ce que je veux c’est dessiner et peindre !!!!

    • chercheursdebonheur dit :

      Bonjour, perso je ne suis jamais arrivée à tenir un emploi alimentaire et à me consacrer à l’art le soir… J’avais l’impression de ne rien vivre pleinement. Avec un métier principal artistique et cohérent avec son art c’est déjà plus facile.

  2. [...] Et ce n’est pas l’appartement cosy, design et neuf qu’on se dégotera à Saint-Maurice à deux pas du Bois de Vincennes qui changera mon état d’esprit. Même en couple je n’ai aucune envie de renoncer à ma singularité, mes frusques noires, mes CD de Cure etc. A 23 ans je ne sais plus pour quoi je suis faite, j’ai touché à la chanson, à la photographie, j’ai même bossé en labo pro mais je suis une touche à tout et ma famille comme mon mec me supplient de "me poser", enfin. "Putain Céline! Décide toi enfin sur ce que tu veux faire!" A l’époque être multi-disciplinaire revient à être que dal. Joie! [...]

  3. chercheursdebonheur dit :

    Ajout du 02/03/14 : Après lecture de nombreux posts je me rends compte que beaucoup de gens pensent que pour bien créer il faut être dans la misère! Bannissons cette notion de misérabilisme dans l’art qui voudrait que seul l’artiste « à la dèche » produise un art vraiment qualitatif, intéressant et dont il pourrait (éventuellement) être fier!

    La notion de pauvreté n’a jamais rien ajouté à l’art. Au contraire, en tant qu’artiste, faites valoir vos droits, forcez la reconnaissance si on ne vous la donne pas et surtout acceptez toute aide car les mécènes, sponsors et partenaires sont l’un des seuls moyens valables de nourrir l’artiste.

    En France nous sommes trop complexé avec les artistes, les marginaux, l’argent. Personne ne dit clairement combien il gagne. Tout le monde veut monter un projet mais personne ne veut payer. Pour ex, aux USA lorsqu’on a besoin de quelque chose (ex: une ligne de guitare pour une chanson, une traduction pour un livre etc.) la réponse est: « Ok, pas de soucis, c’est 200 dollars. Je commence a travailler quand tu m’as payé! » En France si l’artiste dit cela il se fait limite lynché…

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