Harcèlement scolaire : ça donne quoi à l’âge adulte ?

Les récentes et sombres actualités font que je suis, en ce moment, très régulièrement sollicitée par des journalistes suite à mon article (qui date pourtant de 2014 et relate une histoire de plus de 20 ans) : Harcèlement et brimades scolaires, mon histoire, je raconte tout. Je comptais m’exprimer suite à la demande de deux d’entre eux, à la radio, mais je me suis finalement abstenue, après concertation avec ma famille, mon mari et après mûres réflexions. Je vous explique ici pourquoi…

Un témoignage pour « gagner son pain » !

Je suis auteur et compositeur avant tout. J’écris des livres et des chansons. Mon étiquette de « harcelée » est loin derrière… Je n’accepte pas très bien qu’on souhaite se servir de mon témoignage pour « gagner sa croûte » autrement dit… Un journaliste indépendant qui réalise des courts métrages sur le sujet m’a demandée récemment d’intervenir pour raconter mon histoire face à la caméra mais après lecture du « synopsis » (je ne savais pas qu’on écrivait un synopsis pour un témoignage réel…) je me suis ravisée. Et cela n’a rien à voir avec une histoire d’anonymat mais plutôt avec une posture d’esprit, je vais y venir… Trois personnes cette semaine m’ont encore reproché de ne plus vouloir m’exprimer sur le sujet. « Mais pourquoi ? Cela serait vraiment briser le silence ! Tu ne veux pas le bonheur de ceux qui sont harcelés ? », voici le discours qui revient sans cesse. On utilise la culpabilisation de l’autre pour arriver à ses fins. Pourtant je réponds régulièrement aux commentaires et aux demandes concernant ledit article directement sous le post. J’estime avoir « fait ma part » et je ne désire plus m’appesantir sur un sujet vieux de plus de 20 ans d’autant plus que :

Une tendance à la dramatisation et à la dépersonnalisation …

-Dès qu’on me téléphone pour livrer mon opinion, je sens une nette tendance à la « dramatisation ». On me demande : « Ah bon, et vous n’avez rien de plus violent ? Vous trouviez de la boue sur votre siège et des serviettes hygiéniques usagées ? Et on ne vous frappait pas ? C’est embêtant, ça !  » On ne me laisse pas m’exprimer normalement et spontanément sur ce sujet et cette histoire qui est, tout de même, la mienne ! On dirait que les gens qui mènent l’interrogatoire étaient à ma place ! Bref, on cherche à me déposséder de mon vécu ! Et Dieu sait si mon vécu me sert au quotidien puisqu’il a fait de moi la fille solide et décidée que je suis aujourd’hui et qui pourrait (presque) tout accomplir. Mais c’est justement là que le bât blesse…

-On ne veut pas parler de moi en tant que ce que je suis ! On me prévient immédiatement : « Attention ! Il ne s’agit pas de vous faire votre publicité en tant qu’auteur ni même chanteuse ! Nous ce qu’on veut c’est parler du harcèlement, c’est tout !  » Désolée de dire (et de redire) que si je n’étais pas passée par là, je ne me serais pas tournée vers l’art, justement ! Donc on cherche systématiquement à dissocier mon histoire de mon statut ou de mon métier (dites comme vous voulez) quand l’un et l’autre sont indissociables. Souvent on ne souhaite pas que je parle de mes livres de Développement personnel car les articles, reportages etc. diligentés sur le sujet ont justement pour but de vendre le dernier livre d’un auteur sponsorisé ayant écrit dessus. Promotion oblige on monte un sujet pour vendre un bouquin. Publireportage, quand tu nous tiens ! En résumé on me demande de témoigner et de livrer une version très « drama » de mon vécu pour engraisser quelqu’un que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam et dont je n’ai même pas lu les livres !

-J’ai beaucoup de doutes sur le fait que certains reportages, articles et certaines vidéos pour lesquels j’ai été sollicitée soient réellement réalisés pour « aider ceux qui vivent cela actuellement »… J’ai davantage l’impression qu’ils sont faits pour assurer une subsistance aux journalistes, rédacteurs etc. qui les mènent. J’ai été journaliste pendant 10 ans, je connais le métier et désolée de vous dire que je sais un peu de quoi je parle. Moi aussi j’ai trouvé, le matin, sur mon bureau une grille de rédaction pour la semaine… Moi aussi j’ai concocté des sujets « sur le pouce » pour faire plaisir au « rédac chef », jusqu’à ce que je ne devienne moi-même la rédac-chef justement …

Succes stories vs Drama stories …

Mais la principale raison pour laquelle, mis à part dans mes articles ou dans mes livres, je ne témoignerai plus jamais sur le sujet est la suivante, et elle n’est pas des moindres :

- Nous vivons dans une société où il y a deux extrêmes et rien au centre : les « Success stories » (plus ou moins bidons) qu’on nous vend la larme à l’oeil (ex: le SDF devenu mannequin, la fille des cités devenue milliardaire à Hollywood et j’en passe…) et les « Drama stories » qui sous couvert « d’aider » ceux qui les vivent, sous couvert d’empathie et de contagion affective nous vendent des histoires atroces sans le moindre espoir de guérison spirituelle… Pour résumer, on veut des gens qui souffrent et qui résignent à souffrir. On veut des gens qui pleurent et qui des décennies après ne se sont toujours pas remis de leur terrible « harcèlement scolaire ». Il faut des malheurs indicibles pour qu’on s’intéresse réellement au sujet et lorsqu’on s’y intéresse enfin cela se fait de manière superficielle et biaisée, commerciale et marketing. On veut des lecteurs, on veut des spectateurs, bref de l’audience Messieurs-Dames !

Le survivant est toujours suspect !

Alors quand j’explique que si je n’avais pas été harcelée enfant, je ne serais pas devenue artiste, on frémit ! On devient blême. Et surtout on me sermonne : « Mais c’est très dangereux, Madame, ce que vous dites là !  » … « Vous dites que le harcèlement a fait de vous une artiste qui maintenant fait des disques, passe à la radio, est diffusée aux USA, écrit des livres, touche des royalties! Vous faites passer le message qu’il est bon d’être harcelé! »

C’est à force d’entendre ce genre de discours que je refuse désormais de raconter ce que j’ai vécu (cela serait sorti de son contexte…) à des journalistes ou des metteurs en scène qui font leurs « propres reportages ». Car j’ai vraiment le sentiment qu’on culpabilise celui qui s’en sort bien et même très bien et que de « s’en sortir est forcément suspect » ! C’est aussi ce que l’on reproche à ceux qui échappent à un attentat ou à un accident mortel. Oui avec certaines personnes et notamment celles qui sont tenues par un audimat, le survivant est toujours suspect ! Alors imaginez ce que l’on pense intérieurement de la personne qui non seulement survit mais en plus s’en sort très bien et s’organise une petite vie parfaite ! Peu importe que cela soit à coups de travail et de persévérance. Pour la plupart des médias qui traitent le sujet du harcèlement, bien s’en sortir est une tare !

Être harcelé lorsqu’on est enfant, ça change quoi à l’âge adulte ?

Mais puisque c’est la question qui revient sans cesse, au téléphone, par emails, en commentaires ou plus simplement autour d’une table, je vais y répondre maintenant ainsi je n’y reviendrai pas. Ce n’est pas la version « drama » qu’on attend de moi, donc je pense déjà que les commentaires et les « like » seront beaucoup plus limités que pour le fameux article, celui qui « faisait monter les larmes aux yeux » (je cite).

Au niveau professionnel

Au niveau professionnel, le fait d’avoir été harcelée à l’adolescence n’a pas favorisé mon attirance pour le travail d’équipe. Donc j’ai eu tendance à travailler en solo. Mais au-delà de cette « crainte » de l’équipe, à chaque fois que j’ai eu l’occasion de travailler en équipe cela s’est très bien passé. Donc le harcelé garde des « craintes » légitimes mais parfois infondées qu’il convient de surmonter. De belles expériences comme toutes celles que j’ai vécu dans le monde de la musique où l’on travaille de concert avec un arrangeur, un ingénieur du son, un webmaster etc. m’ont permises d’avancer et de surmonter la crainte du travail en équipe dans lequel j’excelle aujourd’hui car j’ai réellement une bonne compréhension de l’autre.

Comme la sensibilité est mise à rude épreuve le harcelé peut se diriger vers un métier-exutoire comme ça a été le cas pour ma part mais aussi vers un métier de service (j’ai travaillé auprès de malades et de personnes en fin de vie en hôpital où je donnais des cours et des ateliers d’écriture et de composition musicale, et le fait d’aider les autres m’a aidé à prendre de la distance). La sensibilité que j’ai développé durant ma scolarité m’a aidée plus tard à composer. J’ai souhaité capitaliser sur mes émotions négatives pour en faire un tremplin plutôt que de ressasser. Mais j’ai conscience que l’adversité ne challenge pas tout le monde et que la résilience n’est pas à portée de main pour tous les individus. De plus pour moi la résilience n’est pas possible avant la vingtaine.

Au niveau personnel …

Après une longue période de harcèlement scolaire, on repère de loin les « manipulateurs » et « profiteurs » en tout genre. Par exemple dans le milieu musical, j’arrive à déceler celui qui va m’exploiter plus que m’écouter. Je refuse qu’on nie ma personnalité à la base, par exemple quand quelqu’un veut me pousser à produire du « commercial » ou ce qu’il souhaite, je le ressens immédiatement. Artistiquement je suis « livrée » avec mon histoire, mon vécu, mon bagage. L’un ne va pas sans l’autre. Il y a le corps et l’esprit, indivisibles. Côté coeur il faut trouver un conjoint à l’opposé des harceleurs, une personne « egoless » qui ne se situe pas dans le jugement ni la critique. C’est ce que j’ai fait. Attention, le fait d’être harcelé ou d’avoir été harcelé à l’enfance développe énormément le sens du jugement et de la critique. Qui est jugé apprend à juger à son tour ! C’est la règle du jeu. Et lorsque les anciens bourreaux la découvrent à leurs dépends, cela peut faire des étincelles. Personne n’est obligé de ramper ou de dominer. Perso je suis passée de rampante à dominante et on me reproche souvent mon caractère de feu. Mais I’m what I’m. Quand on est arrivé à se libérer du regard d’autrui et de bourreaux multiples on n’est plus prêt à se laisser « enquiquiner » par une seule personne… Ce serait un retour en arrière. Personnellement je marche beaucoup plus sur les pieds des autres qu’avant mais croyez-moi, je ne laisse personne piétiner mes Docs…

Et en amitié, ça donne quoi ?

Au niveau amitié je me rends compte qu’aujourd’hui mis à part ma famille et quelques amies d’enfance je ne fréquente plus que des artistes-musiciens. Un tri naturel s’effectue et je me rends compte que beaucoup ont aussi eu comme moi une adolescence difficile en groupe. Certains ont été harcelés à un moment donné et il y a une sorte de « reconnaissance » immédiate de l’autre, de la personnalité harcelée. J’étais une fois en train d’enregistrer une chanson dans un studio (chanson qui se nomme « Trop! ») et à la pause la guitariste m’a demandé si cette chanson parlait du harcèlement scolaire. ça m’a secouée car elle parlait juste d’un manipulateur mais elle avait ressenti une partie de mon histoire à travers ça. Je me suis sentie un peu « dévoilée » tout un coup. Elle m’a confié plus tard qu’elle avait été elle aussi harcelée. Elle était plus jeune que moi de 10 ans…

Au quotidien

Quand on est ado, le harcèlement prend vite toute la place. Il n’y a plus que l’Essentiel qui compte : la survie puis la santé. On supporte assez mal les gens attachés au superficiel et les matérialistes. Cela m’a valu quelques séparations en bonne et due forme, toujours initiées par moi-même. J’ai largué beaucoup plus que je n’ai été larguée. Sans pour autant rabâcher négativement, on pense forcément régulièrement au harcèlement car c’est un trauma qui fait partie de nous et il y a des reviviscences à l’âge adulte même si on n’en est pas arrivé à des extrêmes, le Stress Post Trauma étant plutôt « réservé » à des gens ayant vu la mort de près avec frayeur. Là le traumatisme est lent et répété donc la posture est un peu différente mais il y a de ça quand même. Niveau affectif j’ai énormément d’empathie pour les enfants harcelés. Pour moi c’est derrière (il faut laisser aller ce qui était). Mais pour eux c’est maintenant et c’est plus violent qu’à mon époque car avant on était harcelé dans le cadre de l’école, éventuellement dans le bus en rentrant chez soi mais maintenant c’est aussi à la maison à cause des réseaux sociaux et cela peut prendre une dimension énorme rapidement. Personnellement je m’estime être chanceuse car j’ai eu une passion pour la musique qui m’a aidée à m’évader de tout ça et à relativiser. Mais tous les enfants ne se donnent pas corps et âme à une passion. D’ailleurs aujourd’hui j’ai toujours le réflexe (qui vient de là) de prendre mon autoharp en cas de « blues » et de composer plutôt que d’avoir un comportement addictif qui consisterait peut être à fumer une cigarette ou à téléphoner à quelqu’un pour me lamenter. Cela a laissé chez moi des comportements de travail (quand j’ai un coup de blues je compose ou j’écris, bref j’avance et je passe à autre chose). On me reproche souvent de « me venger en créant ». C’est ridicule, bien-sûr ! Je me mets à créer lorsque je suis inspirée et la « tronche » de mes bourreaux de l’époque, il y a plus inspirant…

De la vigilance relationnelle …

Il faut rappeler que quand le harcèlement s’arrête on est face à soi-même, face à ses responsabilités avec plus personne à blâmer d’autre que soi-même. C’est comme si on sortait de prison, la soif de Liberté est immense. C’est pour cela que j’ai tellement tenu à réaliser mes rêves ensuite comme composer, chanter, faire des albums, danser, écrire des livres et voyager. On s’accomplit alors de façon plus éclairée et avec une Vigilance relationnelle. On protège ce qu’on a. peut-être davantage que d’autre. Personnellement je suis prête à faire beaucoup pour protéger ma famille, mon couple. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds non plus à ce niveau là. Je mets en garde mes proches dès que quelqu’un ou quelque chose risque de compromettre cet équilibre. Je n’ouvre certainement pas la porte de notre foyer à n’importe qui ! Lorsque je retrouve une amie ou un ami, avant de la ou le faire entrer dans nos vies, je pèse le pour et le contre. J’imagine tous les scénari car je sais que Réfléchir avant d’agir est une notion clé. Je réfléchis deux fois plus encore aux réconciliations. Je ne vais jamais trop vite en besogne. Parfois je décide que la brouille sera éternelle, sans retour possible. Je n’hésite pas à me séparer des troubles fêtes ! Je peux les faire sortir de ma vie de façon très stratégique parfois. Bref, le Bonheur se protège.

Pour conclure

Il est important de dire que l’enfant harcelé vit une injustice tout au long de sa vie puisqu’on voudrait qu’il se taise à l’âge adulte sur ce qu’il a vécu. Évoquer cette déferlante de haine purement gratuite qui a eu lieu à un moment M est très mal vu. Les gens ne veulent pas l’entendre ou disent « Tu exagères, on a tous des souvenirs d’enfance difficiles ». Les « bourreaux » disent : « Mouais, moi je ne me souviens pas de ça comme ça, c’est ta vision des choses… » ou encore « Oh la la, je ne savais pas que tu souffrais autant, j’espère que je ne suis pas sur ta Liste noire ». Au niveau des profs je remarque que c’est très dur pour eux d’en parler et de reconnaître toute forme de harcèlement. On préfère fermer les yeux plutôt que de renier l’efficacité de la Grande institution qu’est l’École. Reconnaître ce serait avouer une incapacité à gérer « le groupe ». Souvent on me dit : « Mais en fait, on dirait qu’on t’a rendu service en te harcelant puisque tu dis que ta revanche c’est de t’accomplir artistiquement. C’est grâce à nous et à tes petits embêtements que tu en es là, qu’on te trouve sur Itunes ! « . Je trouve ce genre de discours absolument immature et plutôt injuste car ce n’est pas une « revanche » mais plutôt de la résilience. J’ai 41 ans et cela fait plus de 20 ans que j’ai appris à me laisser challenger par l’adversité. Lorsque je me sens blessée par quelqu’un je me lance à fond dans un projet artistique. La notion de résilience vient avec le temps. Mais bien-sûr, on ne peut pas demander à un ado d’être résilient ! Ce serait une ineptie culpabilisante. Sujet clos.

Pour aller plus loin :

Ces amis qui vous écrasent pour se valoriser

 

 

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