Djamila Hanann : La danse orientale, cette expression de la pensée positive …

Djamila Hanann est danseuse orientale, chorégraphe et metteur en scène. Elle s’investit actuellement dans le spectacle Roxane présenté par la compagnie toulousaine Rythmes d’Orient.

« La danse m’a appris une manière d’être, une posture de vie… »

Quel est votre parcours professionnel ?

Ayant baigné dans la culture orientale dans ma famille, où la danse était très présente chez les femmes, la danse m’a toujours habitée. Intéressée par tous les arts, j’ai passé un bac Arts Plastiques. J’ai trouvé un poste comme assistante dans un théâtre et j’apprenais sur le tas la comédie. En parallèle j’apprenais en autodidacte la danse orientale,  car à l’époque il n’y avait pas de structures sérieuses en France pour la formation, par des vidéos et des voyages réguliers au Maroc et en Tunisie où j’allais observer ce monde de la musique, de la danse et de la nuit. Puis j’ai déménagé sur Toulouse pour une formation professionnelle en théâtre de 6 mois avec la compagnie de Michel Matthieu, « le Théâtre 2 l’acte ».
Je commençais également à me produire comme danseuse dans les restaurants de la ville de Toulouse.
Je savais que le berceau de la danse orientale était au Caire. Je suis donc partie en repérage une première fois en 1997 et j’ai pu entrevoir qu’il était possible pour moi d’avoir ma place puisque j’avais établi des contacts sérieux sur place et on me proposait déjà des contrats. Je me suis donc installée au Caire pour 5 ans.Très rapidement je me suis tournée vers le chorégraphe Ibrahim Akeef. Une grande complicité est née entre nous. C’est lui qui forma les grandes danseuses Naima Akeef, Samia Gamal, Tahia Carioca et bien d’autres qui étaient à leur apogée dans les années cinquante-soixante. Son style est « académique classique » ce que que appelle la véritable danse moderne arabe. J’ai tourné pendant 10ans dans le monde arabe, de Dubai au Maroc, avec la troupe « Djamila Hanann » composée d’une dizaine de musiciens et de quatre danseurs. Je suis rentrée en France en 2005 et j’ai fondé la compagnie Rythmes d’Orient, qui propose la formation,l’enseignement et le spectacle.

Quelle place tient la danse dans votre vie ? Que vous-a-t-elle appris ?

La danse est devenue une passion dévorante. Je cherche à la faire connaître dans sa modernité, pas seulement comme un folklore lointain. Ma vie est une bataille permanente pour la reconnaissance de la danse orientale.
La danse a fait partie de mon environnement très tôt. Je l’ai découverte dans les réunions de femmes maghrébines de mon enfance. C’est pendant ces après-midis que je fus initiée non seulement à la danse mais à tout ce qui fait une femme orientale. Nous, les enfants, étions présents à ces réunions et nous jouions entre-nous.
Nous vivions comme en Algérie, nous installions des tapis tout le long des murs et les femmes s’installaient en rond pour jouer de la darbouka, chanter et danser. Certaines dansaient jusqu’à la transe, jusqu’à s’écrouler par terre. Il y avait toujours des essences parfumées pour les réanimer et du sucre. J’avais 6 ans peut-être et une de ces femmes m’a tout de suite repérée. Elle m’a noué un foulard autour de la taille, tellement fort que cela m’a fait mal, et elle m’a jetée sur la piste. Des grands « you you » se sont élevés. A partir de ce jour on m’a sans cesse sollicitée pour danser.

La danse m’a appris une manière d’être, elle m’a enseignée une posture de vie. C’est un art plus que millénaire et cet héritage appelle l’humilité. Elle me permet d’être liée à mes ancêtres, à ceux du berceau des civilisations antiques de la Mésopotamie et de Égypte, dans une continuité moderne. Lorsque je danse je ressens intimement beaucoup de joie et d’amour. Je me sens en communion avec le monde qui m’entoure, tout en ayant le sentiment très fort d’être habitée par une mémoire qui me semble très ancienne.

Djamila Hanann a tourné pendant 10 ans aux Emirats Arabes

Quelle est votre stratégie pour mettre en place vos nombreux projets (spectacles, solos etc.) ?

D’abord j’essaie d’être bien entourée, pour travailler en équipe avec des personnes avec lesquelles nous sommes sur la même longueur d’onde. Ma stratégie de développement de la danse orientale est de mettre en valeur ses richesses et de la décliner sous divers aspects. Au sein de la Compagnie Rythmes d’Orient, nous avons plusieurs pôles. Avec la partie école il y a le côté formation, où les femmes viennent rechercher une activité épanouissante et libératrice, par laquelle elles effectuent un énorme travail sur elles-mêmes bien souvent. Je tiens aussi à conserver un pôle animation événementielle, où la danse est énergie, communion avec le public. Et enfin je travaille énormément pour développer le pôle culturel de la compagnie, en relation avec d’autres arts tels que le théâtre et la musique. Cet aspect culturel est en plein essor actuellement avec la création de spectacles comme « Roxane », adapté des Lettres Persanes de Montesquieu et « Mirage to New Orleans, quand l’Orient rencontre le Jazz… ». Ces créations me permettent de proposer la danse orientale dans son aspect le plus profond, différent du registre du simple divertissement.

Comment est né le spectacle « Roxane » ?

Le roman de Montesquieu, « Les Lettres Persanes » d’où est tiré le sujet de mon spectacle, m’a toujours accompagnée. Mon premier intérêt fut pour cette rébellion tenace de ce personnage féminin oriental (à qui, nous, femmes orientales, on peut s’identifier). Son histoire faisait écho à ma propre rébellion face au « harem familial ». J’appréciais de retrouver les thèmes de la condition féminine et de la quête de liberté dans une œuvre littéraire classique, résonnant comme une reconnaissance, une crédibilité supplémentaire  au regard de la réalité de ma propre lutte.
J’étais séduite par la pertinence que Montesquieu eût de poser la question de la condition des femmes au sérail, même si dans le livre elle ne tient pas une place de premier plan. Une femme orientale s’identifie au discours de ces femmes et cette lecture redonne le courage de pouvoir se regarder soi-même et se questionner. L’œuvre de Montesquieu me permet de présenter toutes les facettes de l’exil et de la condition féminine vécus par les orientaux. Montesquieu présentait un Persan qui observe et critique la société parisienne, et j’ai fait le choix de porter mon regard sur ce Persan, sur celui qui observe. Qui est cet homme oriental et que renferme-t- il avec lui ? Cette partie de lui que sont ses femmes, comment existent-elles ? Qui sont-elles ? Que désirent- elles ? Lorsque l’on est une femme franco-algérienne née ou vivant depuis très longtemps en France, on est habitée par deux imaginaires collectifs ; l’un que l’on reçoit en héritage par nos familles et notre communauté d’origine et l’autre par la société dans  laquelle on vit. Toutes les œuvres qui rapportent ce témoignage riche suscitent mon intérêt mais lorsqu’en plus il s’agit de celle d’un grand auteur de la littérature française classique, c’est une correspondance si profonde…

Vous-retournez vous sur les projets du passé ? Ceux que vous avez déjà mis en place ?

L’observation du passé me permet de construire le futur. Cependant je m’en libère pour créer de la nouveauté. C’est un jonglage permanent. Les projets du passé constituent un vocabulaire acquis mais je ne me fige pas à ça. Si je dois faire une rétrospective, je vois bien qu’il y a une évolution importante dans ma carrière : j’ai d’abord été simple danseuse, puis capitaine de troupe au Caire, je suis devenue ensuite chorégraphe et professeur de danse en France, activité que je poursuis aujourd’hui en plus d’être directrice artistique, metteure en scène et chorégraphe des productions de la compagnie Rythmes d’Orient. Je n’ai pas fini d’apprendre.. !

Comment réagissez-vous face au regard de l’autre ? Aux critiques ?

C’est toujours un ravissement d’être regardée ! (rires). Les critiques sont toujours intéressantes.Cela me permet d’évoluer et de me remettre en question parfois. Cela me maintient en mouvement ! Cependant, entre les regards fascinés et les regards accusateurs, je m’amuse presque à faire une enquête sociologique parfois… En général je réagis bien aux critiques, ça me permet de discerner où en sont les divers publics, le retour est toujours indispensable. Je ne voudrais pour rien au monde m’enfermer dans des certitudes.

Pour Djamila Hanann, la danse est une expression de la pensée positive

Croyez-vous en la puissance de la pensée positive ?

Oui. La danse orientale c’est une expression de la pensée positive. Elle est défenderesse de la vie, c’est un hymne à la féminité qui prend sa source dans les anciennes danses rituelles de fécondité et dans le culte de la déesse Ishtar à Babylone. La danse orientale est pour la vie, quoiqu’il en soit, même si l’époque contemporaine est pleine de doutes et d’inquiétudes.

Avez-vous des mentors ?

Je n’ai pas de mentors en tant que personnes, quoique certaines personnes de mon entourage peuvent être des conseillers importants, notamment dans le domaine de la production de spectacles, j’apprends beaucoup de leurs expériences et leur soutien m’est précieux. Mais j’ai des idoles, dans la danse et la musique. Ce sont des artistes importants qui me donnent la ligne artistique que j’ai aujourd’hui. En musique égyptienne, comptent beaucoup pour moi les compositeurs Baligh Hamdi et Mohamed Abd El Wahab. Pour la danse égyptienne classique, Naima Akeef m’a beaucoup impressionnée, tout comme Samia Gamal, Nagwa Fouad, Tahia Carioca, et Fifi Abdou entres autres.

Vous êtes une sportive aguerrie, quelles sont vos astuces pour garder la forme ?

J’aime ce que je fais, c’est un équilibre important. Ma principale astuce c’est la motivation ! Cependant, il faut être régulier dans l’entraînement physique, quotidien, c’est ça la clé!

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille souhaitant se lancer dans la danse orientale ? Quels conseils donneriez-vous à un artiste souhaitant, comme vous, monter un projet de grande ampleur ?

Il faut qu’elle ait un rapport humble face à cette discipline qu’est la danse orientale. Malgré le fait que ce soit un art de soliste avec des costumes merveilleux, il ne faut pas que cela appelle la vanité…Je lui conseillerais la rigueur dans le travail qui demande énormément, et l’encouragerais à défendre cet art avec respect, le faire respecter avec un comportement toujours noble et beau, et s’entourer de professionnels, respecter les étapes qu’ils conseillent. Tout cela demande une vraie culture du spectacle (commune à toutes les disciplines artistiques) et une culture profonde de la musique et de la danse orientale, indispensable (voire même de la langue arabe). Etre une danseuse cultivée est très important pour s’inscrire totalement dans cet art millénaire, quitte ensuite à innover ! L’un n’empêche pas l’autre.

A un artiste qui souhaite monter un projet de grande ampleur comme « Roxane », je conseillerais de travailler ses capacités de gestion ! (rires). On est en première ligne et à tous les postes à la fois…La clé du succès de tous les projets c’est d’avoir une bonne équipe, d’être en alerte face aux marchés qui existent pour ne pas se couper totalement du monde dans la création, et travailler sans relâche…

Entretien réalisé par Nathalie Cauquil pour Céline Schmink

Association Rythmes d’Orient
Ecole et compagnie de danse orientale Djamila Hanann
www.rythmesdorient.com
Tél. 06 99 78 56 57

Actualités :

La Cie Rythmes d’Orient présentera Roxane, tragédie musicale orientale, inspirée des « Lettres Persanes » de Montesquieu, mise en scène et chorégraphiée par Djamila HANANN, le 18 JANVIER 2013 à 20h30 au Théâtre des Mazades, à Toulouse.

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