Butô (Découvrir le)

Et la « Danse des ténèbres » se fit lumière !

Danseur globe-trotter et chorégraphe de renom, Tebby W.Ramasike propose une vision très personnelle du « butô », cette danse sombre, longtemps marginalisée, désormais traditionnelle, créée au Japon, en réponse au traumatisme d’Hiroshima. Ce mouvement qui inspire d’ordinaire les artistes les plus tourmentés a gagné le cœur de Tebby qui porte ce que japonais et européens désignent par « Danse des ténèbres » (une danse en rupture) à la pleine lumière. Rencontre avec un agitateur culturel engagé, le temps d’une masterclass à l’école du Marais (Paris).

Si certains artistes de la capitale ont fait du butô une danse élitiste liée à l’expressionnisme et à l’esprit dada, Tebby W. Ramasike a décidé d’en finir avec les clichés de danse « maudite » qu’inspire le butô… Avec Tebby, cet art complexe s’éclaire d’un seul coup et les participants sont conquis par cette vive simplicité empreinte de sincérité et d’économie gestuelle. « Un très beau voyage » confie une participante septuagénaire qui affiche la souplesse d’une jeunette. Pour ma part, je ressortirai du lieu totalement sereine et inspirée tant le butô de Tebby diffère de tous ceux que j’ai pu expérimenter auparavant, en tant qu’animatrice d’ateliers d’expression corporelle et de danse, dans ma longue quête du « juste geste ». Une quête qui m’a menée à étudier et à pratiquer différentes danses aux quatre coins de France et de Navarre mais aussi en Belgique, en Grèce et en Espagne. Une invitation au voyage, donc, que les quelques privilégiés présents ce jour-là ne sont pas prêts d’oublier et qui me pousse à reprendre ma plume pour partager mon ressenti.

Le petit Tebby grandit dans une famille chrétienne pratiquante. Il découvre la danse à l’âge de six ans. Il se prend de passion pour les danse latino-américaine, exploite l’heure de la récré pour se perfectionner et initier les autres, chante et danse la rue, anime même des mariages… Il affirme très jeune son penchant pour l’originalité et les danses rituelles, mais voilà : l’avenir du danseur demeure alors le modern jazz…

Le corps et l’organisme

Très vite, il comprend que la danse ne va pas sans le théâtre et l’expression. Il a aussi à cœur de se conformer aux danses d’Afrique du Sud, celles de Soweto qui lui sont chères. En 1985, il monte son premier spectacle puis, très vite, tout s’enchaine. Le jeune danseur se cherche… Après des études scientifiques à l’Université de Johannesbug il déménage pour Durban où il décide de retourner aux études artistiques. Il est immédiatement accepté parmi les danseurs confirmés. « Au début, je ne pouvais me passer de la scène puis très vite j’ai aimé enseigner également » explique-t-il. Il étudie la chorégraphie et remporte plusieurs années de suite de prestigieux prix. « J’aime communiquer avec mon corps et mon organisme » explique Tebby qui mixe pour le meilleur théâtre et danse, gestes et poésie. Dans sa région, cela ne s’est encore jamais vu.

« En grandissant il devenait de plus en plus clair que la danse faisait partie de mon être »

Le danseur travaille par périodes d’intérêt successives pour différentes danses. « En grandissant il devenait de plus en plus clair que la danse faisait partie de mon être, aussi avais-je besoin de connaître des danses africaines différentes comme celles d’Afrique occidentales. Je voulais comprendre le sens des danses ritualistes et des cérémonies africaines, ce que l’on allait chercher là-dedans.» ajoute-t-il. Bien-sûr, à force de curiosité, d’analyse et de recherche, l’homme côtoiera l’obscurité comme la lumière. C’est au fil de ses recherches passionnées qu’il découvre le butô.

La danse du choc

Né après le choc Hiroshima, le butô affiche (parfois) une imagerie grotesque, le plus souvent des sujets tabous, des situations douloureuses et extrêmes, voire absurdes mais naissant toujours de l’intention et de la mémoire du danseur. Il y a une nette différence entre danser dans le fantasme et s’attacher à traduire de manière organique en faisant appel à sa mémoire sensorielle, les bribes d’un passé à exorciser. Il y a ici un véritable phénomène d’introspection. Le danseur ne peut qu’évoluer personnellement et apprendre à se connaître en pratiquant le butô. Un rituel qui aida les japonais à survivre et à oublier le choc… Le butô est aux japonais ce que le blues fut aux esclaves. Il est souvent dansé avec le corps presque nu, peint en blanc. Le public adhère aux mouvements tantôt lents ou compulsifs. Ou pas… Aucun style n’est fixé, tout est conceptuel ! Pour le danseur pro, le butô constitue un challenge qui peut briser son image et sa carrière en moins de temps qu’il ne faut pour le dire… Mais plein de foi, Tebby –qui a perçu la lumière et l’espoir résidant dans le butô plutôt que sa noirceur – fonce. « C’étaient les années 80, l’apogée de la danse contemporaine avec intégration d’éléments dramatiques. On hésitait plus à traiter la douleur, la souffrance, la mort, la perte à travers la danse. J’ai souvent dansé le corps peint en blanc sans savoir que cela était lié au butô » explique-t-il. Parallèlement, il se lance dans le théâtre Kabuki. En 1993, un danseur de butô célèbre lui ouvre son studio. Vient la première chorégraphie puis le reste : une vaste aventure ponctuée d’ombres et de lumière. « Mes recherches sont devenues productives dans le temps. Le fait que je ne me considère pas comme un artiste butô a fait que les gens se sont intéressés à mes danses » dit-il. Tebby décide alors de travailler le butô avec son corps et son esprit africains mais aussi avec sa foi chrétienne. Bientôt une célèbre chorégraphe lui permet d’intervenir mais lui demande des danses uniques, impossible à reproduire. Il s’exécute. Tous deux démarrent alors des spectacles d’afro-butô, mélange de danse africaine et japonaise, nourri de spiritualité, d’espoir et de foi. C’est un voyage spirituel que proposera désormais Tebby en reprenant des images humaines et animales, intégrées au cycle de la vie. Des danses où l’on ressent que le danseur brille tout autant qu’il peut vaciller, à tout moment, un peu à l’image d’une petite flamme ou de la foi, tout simplement. Cela devient sa signature. « Je considère la présence de la foi dans mes danses comme un cadeau de la vie ! L’âme est la matière de base pour garder l’esprit vif, elle permet d’explorer sans se perdre » précise-t-il.

Pas de ténèbres, pas de lumière ! Et vice-versa…

Quand on le questionne sur la conciliation de sa foi et de la pratique du butô, Tebby est spontané. Pour lui, le butô n’est ni une religion, ni une secte, mais une forme de danse  créée par un homme puis développée dans de nombreux genres et approches.  Le butô va plus loin que la danse : tout comme la foi, il est enfoui au plus profond de l’âme, du cœur, du corps et « On a besoin de comprendre d’où il vient et où il mène pour s’épanouir ». L’acteest relié au travail de l’âme et à son développement. « Le Butô est instructif dans le sens où les ténèbres de l’âme constituent un territoire interdit » explique Tebby. « On a peur de ce que l’on peut y découvrir sur soi. On a parfois peur de ce découvrir tel que l’on est. J’enseigne à mes élèves en danse à rechercher la beauté dans leur cœur, la lumière, la force de leur âme, la puissance de leur cœur. La lumière ne peut exister sans les ténèbres. Pas de ténèbres, pas de lumière et vice-versa ! » ajoute-t-il. « On peut trouver cette beauté qui sous-tend la lumière de la vie à travers l’obscurité mais ceux qui craignent l’obscurité ne peuvent atteindre cet objectif » précise-t-il encore. Quand j’évoque le rejet provoqué par le butô dans certaines sphères, Tebby réagit : «Le Butô ne peut pas être compris par tout le monde. Ce n’est pas le genre de danse qui divertit le spectateur. Il appelle un questionnement intérieur. Certains le trouvent moche mais Il y a de la beauté dans le Butô, il y a de la beauté dans la laideur, tant qu’il y aura de la lumière dans les ténèbres. C’est une voix de l’intérieur! » Il y a des choses qui ne se contestent pas…

Foi, butô et silence

Et pour Tebby il y a un lien très fort entre danse, spiritualité et église noire : « La spiritualité est forte dans le butoh, c’est ainsi même dans le silence, elle challenge le danseur à donner le meilleur de son être ».

Ainsi va le danseur, des projets plein la tête, sans jamais se retourner … Dès l’année prochaine, ce sont les italiens qui bénéficieront des danses presque extra-terrestres de Tebby, qui sera en résidence d’artiste au Palazzo Rinaldi et travaillera à un projet collectif visant à mettre en lien spiritualité, butô et acceptation du silence…

Article Céline Schmink. Crédit photos Compagnie TBO.

Les prochains cours de Tebby W. Ramasike en France auront lieu à l’Ecole du Marais à Paris, en février. Prenez soin de réserver à l’avance auprès de la – TeBogO Dance -TBO siteweb: www.tbodance.info

Le butoh est une danse née au Japon dans les années 1960, en rupture avec les arts traditionnels incapables d’exprimer la souffrance et les changements sociétaires du à la catastrophe d’Hiroshima. Fondé par Tatsumi Hijikata qui collabora ensuite avec Kazuo Ohno. Le terme japonais butō (舞踏) est composé de deux idéogrammes : bu, signifiant « danser » et tō, « taper au sol ». Le butoh fut à son origine imprégné d’expressionisme allemand. Le butoh relève d’une introspection et se caractérise par sa lenteur, sa poésie et son minimalisme. La lenteur n’est pas calculée, elle est la simple conséquence corporelle d’une intention lente tenue par le danseur et de son détachement du corps.

Pour aller plus loin :

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Une réponse à Butô (Découvrir le)

  1. [...] Aliagas à Alison Arngrim en passant par des auteurs comme Joëlle Miquel et des danseurs comme Tebby Ramasike, Raphaël Cottin, Juliette Dufour ou encore Djamila Hanann, des acteurs comme Arnaud Giovaninetti. [...]

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